Jeudi 20 fevrier – La recette du train à l’heure

Après des années de pratique quotidienne, en constatant les problèmes à répétition, l’incapacité chronique d’obtenir le AAA dans nos trains, on finit par se faire une idée de la difficulté que peut représenter l’objectif d’avoir des trains à l’heure.

C’est une alchimie complexe qu’il faut réussir, un peu comme une recette de cuisine : les ingrédients sont rares et fragiles, et la fabrication en elle-même repose sur une maîtrise, un savant dosage, qui font que la réussite se fait rare. On espère 90%, on plafonne souvent à 60-70%.

Mais combien parmi nous réussissent à 90% leur mayonnaise, leurs œufs au lait, leur soufflé ou leur diplomate, hein ?

Reprenons, pour un train à l’heure, que nous faut-il ?

–          1er ingrédient : un matériel en état, disponible. Déjà, s’il était utilisé juste avant pour un autre plat, on est en risque, mais s’il sort de la réserve (on l’appelle souvent le Landy), ce n’est pas garanti quand même. Est-ce que la motrice veut bien démarrer ? est-ce que les portes fonctionnent bien ? Bon, s’il y a plein d’eau dans une voiture, pas de chauffage, pas de lumière, pas grave, le goût sera moins bon, mais la recette peut aboutir quand même.

–          2ème ingrédient : le personnel présent et prêt à partir. Là aussi, pas simple, s’il avait une autre recette juste avant, il faut que celle-là ait bien marché. Et cela augmente le risque. Maintenir 90% après 2 ou 3 rotations, soit 90% de 90% de 90%, mathématiquement, cela ne tient pas la route. Et puis, il y aussi, c’est humain, les pannes de réveil, les soucis divers et variés. Et puis aussi, est-ce que le personnel va vouloir laisser partir le train. C’est un ingrédient un peu délicat, le chef de bord, s’il sent que le voyage va mal se passer, s’il craint que les blancs ne vont pas monter (je parle des œufs bien sûr !), droit de réserve, on reste à quai.

–          Cela nous amène au 3ème ingrédient : les voyageurs. Le mieux, pour que la recette marche, c’est qu’il y en ait le moins possible ! Abondance de voyageurs, cela n’est pas bon pour la recette, il en faut juste ce qu’il faut, pas plus. Le week-end, ou pendant les vacances, c’est mieux, les voyageurs sont absents, les trains marchent mieux. Donc, il faut instituer des quotas et cela ira mieux. Bien sûr, cet ingrédient doit être docile, ne pas râler, monter, descendre quand on lui dit, ne pas demander d’information, payer et obéir.

Voilà pour les principaux ingrédients. Mais cela ne suffit pas ! Il y a le doigté qui compte, la main de maître qui mélanger tout cela et essayer s’arriver à bon port, c’est l’exécution de la recette, pour amener le train du départ vers son arrivée. C’est ambitieux, cela peut marcher.

Bon, il faut espérer qu’une autre recette ne va pas perturber la nôtre : si une plus importante est en retard, bing, c’est raté. Le TGV nous passe devant.

Si la météo s’en mêle, aïe, pas bon non plus : pas trop de chaleur (cela dilate les rails), pas de neige bien sûr, pas de feuilles en automne, pas de gel, pas de brouillard, bref, tout ce qui caractérise notre temps picard, dommage.

Le maître ne doit pas non plus être perturbé par des éléments extérieurs : les accidents de personne, les feux de broussaille, une autre recette en panne quelque part, on a vite fait de déstabiliser ce fragile équilibre qui constitue notre recette du train à l’heure !

Tout cela s’appelle la « difficulté de gestion du trafic », mais c’est tout simplement difficile de réussir la recette.

Bref, on le voit bien, c’est un miracle d’avoir nos trains à l’heure, donc, souriez, soyez contents quand cela arrive, il y a bien 60% de chance que cela vous arrive, « you know what, i’m happy ».

Au XVIIe siècle, Vatel s’est suicidé car ses poissons ne sont pas arrivés à l’heure à Versailles, heureusement qu’on ne fonctionne plus ainsi, il y aurait plus qu’un déficit de personnel…

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54 réflexions sur “Jeudi 20 fevrier – La recette du train à l’heure

  1. http://www.laprovence.com/article/actualites/2760385/sncf-la-suppression-de-60-trains-met-la-pagaille-en-paca.html

    « Depuis plusieurs semaines, le fonctionnement des trains express régionaux en Paca est perturbé par un problème pour le moins surprenant : la SNCF ne parvient pas à assurer la maintenance des rames, qui relève à 90 % d’un centre situé à Marseille. »

    Alors quand on lit ce genre d’article on a plusieurs idées qui nous arrivent à la tête :
    -bon bah déjà en fait on s’en sort pas si mal que ça (et pourtant …)
    -que les directions SNCF se ressemblent un peu … Car là le problème est bien identifié : la direction régionale PACA n’a pas du tout anticipé les besoins en humains nécessaires à la maintenance des trains avant que la situation ne pète, et forcément bah ça coince …

  2. @tumaurapas -> « en plein dans le billet » : oublie pas qu’on est des visionnaires sur ce blog 😉 !

    On se rappelle tous des mythiques vaches orrygeoises par exemple 😀 !

    (C’est Fred qui avait remarqué plusieurs parallèles avec certains billets aussi de memoire) 😉 !!!

  3. 847622 en 26500 4 caisses, au lieu du V2N 9 caisses habituel. Rame 428. À l’heure à Chantilly, des gens déjà debout.
    Et le train vers Creil (8:14 Chantilly) avait 5 minutes de retard, PLT03.

  4. Le 7h25 a eu 18 mn de retard pour difficultés de gestion du trafic. Une annonce a été faite par le CDB avant d’arriver en gare de Paris Nord et une autre en gare.

  5. La recette va telle prendre ce matin
    En tout cas les ingrédients sont là :
    848502 en v2n éclairé, chauffé et à l’heure a Clermont

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