et la cohérence dans tout ça ?

Ce matin, j’ai reçu un message via notre page Facebook. Une dame que que je connais pas qui m’écrivait en substance « merci de votre ténacité« . Ca m’a touchée, car j’ai conscience que le grand écart apparent d’un billet à l’autre peut être déstabilisant pour qui préfère une idéologie tranchée, pratique et paresseuse, au galvaudé « en même temps » qui peut confiner à de la manipulation quand utilisé sans autre but que… de manipuler.

Ce billet ne fera pas exception, puisqu’après les liens vers l’émission gauchiste de France Culture (les pieds sur terre, 28 minutes de pure humanité) et la Une d’un coincoin communiste, je vais partager le courrier d’Eric Woerth* député LR et un tract intersyndical**. Alors, vous me direz « et la cohérence dans tout ça ?« 

La cohérence c’est l’ADN revendiqué de SCNFVamtuer. Un discours raccord avec nos actions. Ou l’inverse.

Le Collectif est né du constat que les conditions de transport s’étaient dégradées du jour au lendemain. Que nos trajets « obligatoires » vers Paris étaient devenus des corvées.

Qui ne s’est pas adapté en modifiant ses horaires ? Qui n’a pas cherché à déménager, à négocier du télétravail, à se faire muter ? Qui n’a pas sacrifié des soirées en famille, des loisirs culturels ou sportifs ? Qui n’a pas contribué à faire de sa petite ville un dortoir?
Qui n’a pas détesté les autres, n’a pas, l’espace d’un instant ou d’un trajet, oublié savoir-vivre ou galanterie pour monter ou s’asseoir ? Qui n’a pas constaté que vieux, malade, bras cassé ou enceinte était devenu un handicap pour emprunter le TER Picardie en toute sérénité ?
Qui n’a pas souhaité identifier une tête de turc pour passer une colère légitime ?
Les réseaux sociaux servent à ça visiblement

D’abord le Blog du Responsable de Ligne, punching ball assumé : allez, postez, soulagez-vous.
Et rien…

Facebook ou twitter, déversoirs de bile, où assez rapidement ça vire au binaire :
les pro et contre cheminots (mais c’est quoi, pour vous un cheminot, c’est pas un humain ?),
les pro et contre réforme (vous en savez quoi de la réforme, à part ce qu’on vous en ânonne du matin au soir ?)
les pro et contre « régimes spéciaux » (est-ce que je voyagerai mieux quand un employé aura été précarisé ?),
les pro FI, FN, LR, LREM sans nuance : tout est bon dans l’macron, y’a que méluche qui parle d’écologie, y’a qu’Estrosi qui a eu des couilles en PACA, sans les arabes-turcs-syriens resquilleurs on aurait plus de place (et de travail)… ,
les pro et contre « syndicalistes » : au mieux manipulés, au pire pourris, oubliant au passage les « purs »…

Toutes ces étiquettes, et ce mépris envers celui qui ne porte pas la même sont insupportables, parce qu’elles ne représentent pas la complexité, la vérité de l’homme. Des exceptions, des contre exemples, j’en ai à la pelle depuis 2012. Des usagers malpolis, sales, violents, de mauvaise foi tout comme des agents en gare dépités, dépassés, de bonne volonté. Des usagers gentils, solidaires, serviables, des agents aigris, sur-zélés, narquois… Des élus opportunistes, déconnectés et d’autres impliqués… Des journalistes libres, qui rendent compte, des journalopes qui viennent avec un cahier des charges…

C’est sûr, ça serait beaucoup plus simple de suivre une ligne, d’être tranché et manichéen. Mais d’abord, la vie c’est 50 nuances de gris 😉 . Y’a pas les branleurs dans le service public et les courageux dans le privé. J’en parle d’autant facilement que je connais les deux structures (trois, si j’ajoute les contractuels).
Puis il suffit d’écouter certains élus hier et aujourd’hui pour constater que derrière les discours tranchés se cache hélas souvent un manque de convictions durables.

La cohérence se trouve dans notre (presque inlassable) volonté de comprendre pourquoi ça dysfonctionne, agir pour que chacun puisse voyager assis, à l’heure, averti. D’avoir la liberté de dire que les nouvelles rames sont à chier, parce qu’elles ne sont pas adaptées, parce que celui qui les a pensées ne prend pas le train (pas de place pour les pieds, les sacs de travail, pas de stores, moins de portes) et qu’en plus elles sont fragiles (lire échange ci dessous).

Notre Collectif n’est pas « au service de », mais favorise le « essayer ensemble« .

Là, on essaie, avec 29 autres collectifs nationaux d’obtenir le remboursement des 3 mois de grève (avez-vous signé la pétition ?).

On conseille aussi le « billet usager en grève ». Ne l’utilisez pas pour resquiller, mais pour protester contre des conditions de transport qui même hors grèves sont désastreuses.

Billet renard version coordination nationale des usagers

*Echange Alstom/Eric Woerth, qui visiblement tient compte des courriers qui lui sont adressés (ne souriez pas, ce n’est pas le cas de tous les élus, même ceux moins occupés…) – cliquez sur les images pour les agrandir

**Voici le tract intersyndical qui a été distribué en gares. Tant qu’à en parler (en gares, à bord, partout chacun a son avis péremptoire) lisez le – cliquez sur ce lien pour agrandir

Sur ceux, bonnes vacance à ceux qui peuvent en prendre et bon courage à ceux qui vont subir les conséquences du conflit social lundi et mardi.

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Jour de colère

Nos conditions de transport (ou de non transport, de fait…) durant la grève est pour moi l’arbre qui cache la forêt. La grève, c’est le constat d’un échec…
Après deux jours de système D – dont du télétravail, puisque j ‘ai la chance de pouvoir en faire, un retour à la normale hier. C’est à dire une reprise avec fatalement des trains non dispos (conséquence directe de la grève) et les ennuis habituels. Un 17h43 en compo courte et des problèmes de signalisation le matin en sont deux bons exemples.

Mais ce matin, c’est vendredi, la reprise devrait être totale et en toute confiance je marche vers la gare.
6h35 Orry en compo courte, sans SMS d’alterte et dans la mesure où notre confiance en la fiabilité du service est limitée, je le prends plutôt que d’attendre le 6h52. Vous connaissez l’adage « un train tu l’as vaut mieux que le deuxième tu l’auras pas. »

A bord, debout – mais futée, je ne porte pas (plus…) de talons ce qui m’assure un semblant d’équilibre car on se tient à ce qu on peut, barre ou humain – je twitte ma colère.
Les usagers sont brinquebalés ou assis au sol, visages fermés, le trajet est subi plutôt que vécu et inévitablement les conversations tournent autour de la SNCF.

Normal : les sms annonçant des retards pour « panne de signalisation » se succèdent.

Au moment de descendre, un usager dit plus ou moins à la cantonade qu’il est heureux qu’au JT de France 3 il n’aient pas trouvé de neuneu d’usager pour soutenir la grève.
Evidemment, remontée déjà comme un coucou par l’incurie quotidienne, fatiguée par les accumulations de gestion de merde qui rendent toute forme de pédagogie (si chère à not’ Président) impossible, agacée par les raccourcis qui nous font nous tromper de combat, je ne peux m’empêcher de rétorquer que la neuneu, ce devait être moi mais qu’une grève chez F3 m’en a empêchée et d’ajouter « ce qui me gêne, ce sont nos conditions de transport au quotidien… est-ce qu on voyagera mieux quand le statut des cheminots aura été éradiqué ?« . Réponse honnête « non ». Mais, complète ce monsieur « oui, on a quelque chose à dire sur leur statut car c’est nous qui payons« .

Dans ce cas, soyons cohérents. Ayons un droit de dire et soyons aussi virulents sur la juste utilisation de nos impôts devraient en priorité aller vers l’essentiel. La santé et l’éducation. Le transport sur le territoire accessible à tous (routes, trains, pour valides et personnes à mobilité réduite), puis aux services des collectivités, les élus… et s’il en reste, pourquoi pas permettre aux médias de redevenir autonomes… qui entendons-nous questionner « les françaiseZélesfrançais » sur ça ?

Je parie que si les grévistes réussissaient comme certains d’entre eux le demandent à faire la grève de la gratuité, tous les usagers les soutiendraient et n’auraient pas plus d’avis sur le statut des cheminots que sur les avantages chez EDF ou Air France. Je parie d’ailleurs que Brunet et compagnie arrêteraient de demander à Madame Michu ce qu’elle en pense…
Attention, je comprends tout à fait ce qu’on ressent quand on est pénalisé dans ses déplacement, je le vis. Mais j ai mon avis sur la façon dont on aurait pu éviter ce mouvement social et non, ça ne passe pas par la suppression du droit de grève ou sa limitation à un port de brassard.

Je parie aussi que les gens n’ont pas pris le temps de lire les revirements et les points d’interrogation sur le sujet de la « dette », toujours avancée pour nous prouver combien le cheminot nous coûte cher (#nocomment) . Même les Echos – journal difficilement gauchiasse – s’est fendu d’un article sur le sujet qui pousse à la réflexion.

893 postes supprimés. ça, c’est la réalité, moins de gens pour les missions. Pour mettre en parallèle, par manque de collègue, il me reste 14 jours de congés non payés 2017 que je ne peux ni prendre, ni mettre dans mon CET déjà plein et toujours pas payés. Demandez vous, la prochaine fois qu’on souffre par manque de personnel, si vous poseriez vos jours ou si vous feriez passer votre travail avant le reste…

Parlons aux gens de concret : la fermeture de certains lignes, les gares qui deviennent au mieux des arrêts (avec toute l’hypocrisie nécessaire : ça ne ferme pas mais aux régions de trouver l’argent pour que ça reste ouvert)… aux déserts qu’on crée de facto – et qu’on décline de temps en temps en désert « médical » pour masquer la mort de villages ou petits villes entières… Prenons le temps de la nuance et d’une réflexion plus globale… Car aujourd’hui, entre spinetta et autres, qui parle de nous ? quelles sont les solutions (mise à part les effets secondaires d’un retour à UNE entité) proposées pour un retour à des conditions de transport décentes ?

Je ne suis pas contre la réforme. Il faut réformer et d’ailleurs, je suis POUR le retour à une SNCF (oui, je pensais que c’était le cas, mais en réalité au fil de notre action, nous avons compris que non, y’a gare et connexion, réseau, mobilité…) , avec un organigramme clair, des responsables investis. Nous espérons un apprentissage des erreurs et une écoute des besoins exprimés par ceux sur le terrain, dont les usagers.

Enfin, usagers, voici une pétition que nous soutenons pour obtenir le remboursement du transport pour avril, mai et juin…

Pensez aussi à vos billets renards et ayez au moins le courage de dire « usager en grève » lors de contrôles éventuels et le pourquoi – les deux pipoteurs d’hier sans billet étaient plutôt pathétiques avec leurs inventions d’excuse… un quinqua et une dame âgée, pas convaincants du tout –  On sort son billet renard, on dit pourquoi et basta

Y’a pas que les grèves dans nos vies de TERriens en détresse

Y’a aussi le quotidien. Merci Babar* pour ce témoignage édifiant…

Une chose que nous ajoutons : interrogé sur le sujet, le personnel terrain que nous rencontrons répond « gêne » « honte » et ras le bol »…

Alors, qui à la SNCF est fier de ce résultat ? Qui à la SNCF nous gave de discours méthode-coué  ? Qui ose encore dépenser ailleurs qu’en maintenance rames et réseau, info, et personnel terrain ? Qui claque en séminaires coûteux et sans effets pour nous, en outils de coms’ inutiles et autres petits fours?

Les responsables de la situation que nous subissons… à qui nous souhaitons du fond du coeur avoir un jour besoin d’un soignant en retard à cause de leur gestion de merde. Là, ils comprendront peut-être.

 

témoignage retiré à la demande de l auteur