Jour de colère

Nos conditions de transport (ou de non transport, de fait…) durant la grève est pour moi l’arbre qui cache la forêt. La grève, c’est le constat d’un échec…
Après deux jours de système D – dont du télétravail, puisque j ‘ai la chance de pouvoir en faire, un retour à la normale hier. C’est à dire une reprise avec fatalement des trains non dispos (conséquence directe de la grève) et les ennuis habituels. Un 17h43 en compo courte et des problèmes de signalisation le matin en sont deux bons exemples.

Mais ce matin, c’est vendredi, la reprise devrait être totale et en toute confiance je marche vers la gare.
6h35 Orry en compo courte, sans SMS d’alterte et dans la mesure où notre confiance en la fiabilité du service est limitée, je le prends plutôt que d’attendre le 6h52. Vous connaissez l’adage « un train tu l’as vaut mieux que le deuxième tu l’auras pas. »

A bord, debout – mais futée, je ne porte pas (plus…) de talons ce qui m’assure un semblant d’équilibre car on se tient à ce qu on peut, barre ou humain – je twitte ma colère.
Les usagers sont brinquebalés ou assis au sol, visages fermés, le trajet est subi plutôt que vécu et inévitablement les conversations tournent autour de la SNCF.

Normal : les sms annonçant des retards pour « panne de signalisation » se succèdent.

Au moment de descendre, un usager dit plus ou moins à la cantonade qu’il est heureux qu’au JT de France 3 il n’aient pas trouvé de neuneu d’usager pour soutenir la grève.
Evidemment, remontée déjà comme un coucou par l’incurie quotidienne, fatiguée par les accumulations de gestion de merde qui rendent toute forme de pédagogie (si chère à not’ Président) impossible, agacée par les raccourcis qui nous font nous tromper de combat, je ne peux m’empêcher de rétorquer que la neuneu, ce devait être moi mais qu’une grève chez F3 m’en a empêchée et d’ajouter « ce qui me gêne, ce sont nos conditions de transport au quotidien… est-ce qu on voyagera mieux quand le statut des cheminots aura été éradiqué ?« . Réponse honnête « non ». Mais, complète ce monsieur « oui, on a quelque chose à dire sur leur statut car c’est nous qui payons« .

Dans ce cas, soyons cohérents. Ayons un droit de dire et soyons aussi virulents sur la juste utilisation de nos impôts devraient en priorité aller vers l’essentiel. La santé et l’éducation. Le transport sur le territoire accessible à tous (routes, trains, pour valides et personnes à mobilité réduite), puis aux services des collectivités, les élus… et s’il en reste, pourquoi pas permettre aux médias de redevenir autonomes… qui entendons-nous questionner « les françaiseZélesfrançais » sur ça ?

Je parie que si les grévistes réussissaient comme certains d’entre eux le demandent à faire la grève de la gratuité, tous les usagers les soutiendraient et n’auraient pas plus d’avis sur le statut des cheminots que sur les avantages chez EDF ou Air France. Je parie d’ailleurs que Brunet et compagnie arrêteraient de demander à Madame Michu ce qu’elle en pense…
Attention, je comprends tout à fait ce qu’on ressent quand on est pénalisé dans ses déplacement, je le vis. Mais j ai mon avis sur la façon dont on aurait pu éviter ce mouvement social et non, ça ne passe pas par la suppression du droit de grève ou sa limitation à un port de brassard.

Je parie aussi que les gens n’ont pas pris le temps de lire les revirements et les points d’interrogation sur le sujet de la « dette », toujours avancée pour nous prouver combien le cheminot nous coûte cher (#nocomment) . Même les Echos – journal difficilement gauchiasse – s’est fendu d’un article sur le sujet qui pousse à la réflexion.

893 postes supprimés. ça, c’est la réalité, moins de gens pour les missions. Pour mettre en parallèle, par manque de collègue, il me reste 14 jours de congés non payés 2017 que je ne peux ni prendre, ni mettre dans mon CET déjà plein et toujours pas payés. Demandez vous, la prochaine fois qu’on souffre par manque de personnel, si vous poseriez vos jours ou si vous feriez passer votre travail avant le reste…

Parlons aux gens de concret : la fermeture de certains lignes, les gares qui deviennent au mieux des arrêts (avec toute l’hypocrisie nécessaire : ça ne ferme pas mais aux régions de trouver l’argent pour que ça reste ouvert)… aux déserts qu’on crée de facto – et qu’on décline de temps en temps en désert « médical » pour masquer la mort de villages ou petits villes entières… Prenons le temps de la nuance et d’une réflexion plus globale… Car aujourd’hui, entre spinetta et autres, qui parle de nous ? quelles sont les solutions (mise à part les effets secondaires d’un retour à UNE entité) proposées pour un retour à des conditions de transport décentes ?

Je ne suis pas contre la réforme. Il faut réformer et d’ailleurs, je suis POUR le retour à une SNCF (oui, je pensais que c’était le cas, mais en réalité au fil de notre action, nous avons compris que non, y’a gare et connexion, réseau, mobilité…) , avec un organigramme clair, des responsables investis. Nous espérons un apprentissage des erreurs et une écoute des besoins exprimés par ceux sur le terrain, dont les usagers.

Enfin, usagers, voici une pétition que nous soutenons pour obtenir le remboursement du transport pour avril, mai et juin…

Pensez aussi à vos billets renards et ayez au moins le courage de dire « usager en grève » lors de contrôles éventuels et le pourquoi – les deux pipoteurs d’hier sans billet étaient plutôt pathétiques avec leurs inventions d’excuse… un quinqua et une dame âgée, pas convaincants du tout –  On sort son billet renard, on dit pourquoi et basta

Publicités

Chronique d’une rupture (railway to hell)

Nous avons reçu un long témoignage sous forme de « testament » que nous publions sans réécriture. Heureusement personne ne meurt et nous y avons plutôt lu une « rupture ». Celle de Lionel Truchot et de TER Picardie…

TESTAMENT D’UN ABONNÉ “USAGÉ”

« C’est avec une profonde tristesse et une grande affliction que je vous informe que je ne pourrai hélas plus profiter de l’immense privilège de voyager quotidiennement sur l’une de vos dix meilleures lignes (grandes ?) TER Intercités de France, à savoir le parcours Amiens-Paris.

Ligne de grande réputation amplement méritée pour la fiabilité du matériel y circulant surchargé, où parfois j’ai eu le plaisir trop rare de tester ma résistance à voyager debout pendant 130 km, sa ponctualité quotidienne sans faille, de son écoute attentive et de son information exacte auprès de ses usagers avec le privilège exorbitant, ramené au coût de l’heure, d’avoir eu le plaisir non dissimulé, de passer entre quarante et soixante heures de bonus-retard, par année, dans ses trains.

Je remercie donc chaleureusement tous les élus, directeurs, responsables, chefs, décisionnaires de tous bords, de toutes tendances et de toutes hiérarchies, pour m’avoir permis gentiment d’annuler moult rendez-vous professionnels ou privés, d’avoir grandement participé à me perturber, pour ne pas dire plus, nombre de journées et de soirées, et de m’avoir permis en conséquence de mettre mes semaines entre parenthèses.

D’avoir pu profiter de l’extrême excitation jouissive de ne pas savoir à quelle heure je partais et à quelle heure j’arrivais, afin de ne pouvoir honorer mes engagements ou mes sorties, et d’occuper toutes ces heures dont je ne savais évidemment que faire : quelle aventure !

Cela, par moments, dépasse l’imagination, heurte toute logique et amène l’incrédulité de ceux à qui nous relatons ces faits, tant cela entre en contradiction avec le rationnel et le bon sens.

Je ne puis que louer et admirer aussi l’imagination sans limites de ceux ou celles qui font preuve en premier d’incivilité, d’hésitation, voire d’humour même involontaire, concernant les excuses et annonces diverses et variées, toutes plus poétiques les unes que les autres, faisant appel tour à tour aux saisons, au climat, à la malchance, au hasard, au social, voire même au divin, et d’avoir pu en  faire profiter mes collègues et supérieurs hiérarchiques au bureau dont je ne me rappelle même plus le dernier jour d’arrivée à l’heure. Oserais-je rappeler que la fiabilité, la rapidité, la ponctualité des transports, en plus d’un droit fondamental de chaque citoyen sur sa liberté de déplacement, sont les poumons économiques d’un pays, et que faire revenir Amiens aussi difficile d’accès à Paris qu’il pouvait l’être dans le passé, ne peut être que préjudiciable à tous.

Il n’y a qu’à, pour preuve, d’envoyer un CV pour recherche d’emploi à un employeur de la région parisienne pour s’en rendre compte.

Car enfin, devant tant d’efforts, de changements d’horaires en cadencements, de changements de voies en changements d’aiguillages, de changements d’organisations en en changements de statuts d’entreprises ou de filiales, pour aboutir, d’années en années, à des résultats sans améliorations, voire pires, cela, je l’avoue, force l’admiration, l’incompréhension ou l’étonnement. Faire entrer, petit à petit, parce que l’on a plus les moyens de ses ambitions, les retards, les pannes, les dysfonctionnements, les surcharges comme des banalités quotidiennes ou comme des aléas incontournables, n’est après tout que le reflet des temps qui courent. L’exception devient la règle, la dérégulation normale, l’inadmissible courant, l’intolérable banal. Somme toute, la SNCF s’inscrit, comme le reste, dans la décadence généralisée à l’image s’une société ou d’un pays qui part en lambeaux. Des contrôleurs qui n’informent presque plus (ils n’ont pas d’infos), qui n’annoncent pas toujours les arrêts en gare (ils ne savent pas où ils sont), qui ne s’excusent plus auprès des voyageurs pour des problèmes (ils ne sont pas formés au respect de leur “clientèle” ?), tout ceci est en contradiction avec la charte de bonne conduite que la SNCF a elle-même édité, il y a quelques années.

Ne serait-ce pas justement la première des incivilités commises à l’encontre des usagers que la SNCF s’empresse de dénoncer chez eux à son encontre ?

Mais au fait, de quoi se plaignent-ils tous ces mécontents, tous ces râleurs, tous ces mal-lunés ? Ne sont-ils pas contents de voyager sur ce qui faisait autrefois l’une de nos fiertés nationales ? Si vous voulez arriver à l’heure, prenez un ou deux trains d’avance et si vous rentrez à l’heure, c’est que vous avez peut-être pris un train en avance qui est en retard. Vous pouvez même avoir de l’avance dans
votre retard ! Le tout est de ne pas faire de vagues, pas de bruit, de mettre les cendres sous le tapis, de réduire le feu pour ne pas que la marmite explose. D’assister pour la SNCF, comme pour le reste, impuissant, et en silence à ce que l’oligarchie, les banques, les multinationales, destituent les peuples de leurs droits fondamentaux, ruinent nos états, avec la complicité ou l’assentiment passif des élites politiques et médiatiques, et avec aussi, malheureusement, la passivité teintée d’un peu de collaborationisme, de lâcheté, de j’enfoutisme, de certains usagers souvent prompts à se faire l’avocat du diable, et qui n’a d’autre conséquence que de scier la branche sur laquelle ils sont assis.
Le tout emballé à grand renfort de communication, d’enfumage et d’intoxication. Le mensonge, le mythe et le spectacle sont les piliers de presque toutes les sociétés à travers l’histoire.
J’ai ainsi pu constater combien tout ce monde était à l’écoute des doléances de certains usagers et constater comment les choses s’amélioraient avec même depuis peu, le recours systématique de la police ferroviaire en cas improbable de tout mécontentement, y compris légitime. Prononcer le mot retard devient tabou. Plaignez-vous auprès d’un agent et vous le froisserez. Mais s’ils en ont assez
d’entendre les mêmes remontrances, les voyageurs n’en ont-ils pas assez d’être toujours en galère ?

La SNCF se plaint de la fraude : nous sommes d’accord. Mais qui fraude et où fraude-t-on le plus ? Avant de pouvoir éradiquer un mal, il faut savoir l’identifier ; pour pouvoir solutionner un problème, il faut prendre conscience dudit problème et avoir la volonté de le résoudre. Comment, par exemple, un usager abonné au Pass-Picardie qui a un prélèvement mensuel, et qui représente une population
journalière de quelques milliers de personnes, pourrait-il frauder ? Alors, avant de pouvoir frapper, il faut savoir cibler, et que si cela ne donne rien, c’est qu’on ne le fait pas bien volontairement ou pas, pour des raisons politico-sociales que l’on n’ose avouer (encore de la poussière en plus sous le tapis).
J’ai pu aussi constater personnellement comment la police urbaine s’occupait de la “protection” de nos véhicules sur les parkings en offrant par leur grande présence (ou plutôt absence) un “libre service” pour les pièces détachées du véhicule (roues de secours, effets personnels, etc), voire du véhicule complet si besoin. Tout en verbalisant pour autant de futilités que d’utilités (rentabilité oblige), des
gens partis travailler toute la journée dans les excellentes conditions décrites.
Je remercie donc encore toutes celles et ceux qui ont contribué pour qu’à l’avenir, j’évite, sauf cas de force majeure, de prendre le train sous toutes ses formes, afin que ma présence ne perturbe pas davantage cette organisation si bien huilée et cette institution qui autrefois faisaient, à juste titre, la fierté de ceux qui y travaillaient et de ceux qui l’utilisaient. Je ne puis souhaiter que bonne chance à
toutes celles et ceux qui restent à bord de cette galère au quotidien, et qui assistent, sans trop pouvoir rien faire, à sa lente désintégration.
La conclusion de cette lettre, départ initialement prévue quelques lignes plus haut, est annoncée avec un retard du restant des lignes de cette (trop ?) longue lettre, Je m’excuse pour le retard occasionné dû à sa lecture, et vous remercie de votre compréhension.
Tout étiquetage d’un objet (même une lettre) étant obligatoire afin qu’il ne soit pas considéré comme objet abandonné, voici ma signature :

L. TRUCHOT
Lionel.truchot@gmail.com »

 

 

Bilan du mois de mars

_tPsQPvry1TXgHbLPd37Q8WJKWU

En mars, 82 trains recensés par les usagers de la ligne Compiègne – Paris – Compiègne.

Régularité : 65.9%

Retard cumulé : 7h43

Sur les 28 trains ayant subit un retard supérieur à 6 minutes, il n’y a eu ni explications ni excuses du contrôleur dans 17 cas : c’est ce qu’on appelle le sens du service (public ferroviaire)…

Les résultats complet ici : Bilan Mars